
Ingénieure de recherche en adéquation fluide/système à IFPEN, Lucia Giarracca-Mehl est la nouvelle co-responsable du programme Énergie et produits d’IFP School.
1. Quel a été votre parcours professionnel ?
D’origine italienne, je suis ingénieure chimiste diplômée de l’Università di Napoli “Federico II”.
En 2015, je suis arrivée en France pour effectuer un doctorat en Énergétique, Thermique et Combustion à l’université de Lille. Ma thèse portait sur l’impact de l’oxydation des éthers issues de la biomasse lignocellulosiques sur la formation des oxydes d’azote.
En 2019, j’ai poursuivi un post-doctorat au LRGP-ENSIC de Nancy sur le développement d'un modèle cinétique détaillé pour l'oxydation des mélanges carburant/biocarburant en phase liquide, en utilisant un code thermodynamique basé sur des méthodes de chimie théorique.
Un an plus tard, j’ai rejoint IFP Energies nouvelles en tant qu’ingénieure de recherche. Mes travaux de recherche concernent la réactivité des hydrocarbures en phase gazeuse et en phase liquide, la formation de polluants et la caractérisation physico-chimique des fluides en rapport à leurs propriétés vis-à-vis de l’adéquation fluide/système.
Je suis très heureuse de m'impliquer depuis septembre dernier en tant que co-responsable du programme ingénieur spécialisé en Énergie et produits d'IFP School, tout en poursuivant mes travaux de recherche à IFPEN.
2. Pouvez-vous nous dire plus sur vos activités de recherche ?
Ma recherche en matière de carburants et de systèmes de combustion se concentre sur plusieurs axes. D'abord, la réactivité des carburants, qu'il s'agisse des hydrocarbures (HC), de l'hydrogène (H2) ou de l'ammoniac (NH3), est étudiée en phase gazeuse et liquide à travers des analyses expérimentales et des modélisations avancées. Ces études, qui incluent des cinétiques détaillées et des approches d'apprentissage automatique, permettent de mieux comprendre les comportements des hydrocarbures sous diverses conditions.
Je travaille également sur la caractérisation physico-chimique des fluides, tels que les carburants, biocarburants, e-fuels, lubrifiants et fluides de refroidissement pour véhicules électriques, en veillant à évaluer l’adéquation entre les propriétés des fluides et leur compatibilité avec les systèmes dans lesquels ils sont utilisés.
Parallèlement, j’étudie la formation de polluants en lien avec la composition des carburants et biocarburants afin d’éclairer les stratégies de réduction des émissions polluantes.
Mes travaux de recherche portent aussi sur la compatibilité des matériaux, notamment des élastomères, utilisés avec les biocarburants et lubrifiants, pour garantir leur durabilité et performance dans les systèmes énergétiques modernes. De plus, j’examine l'impact des contaminants présents dans les carburants réels du marché afin de mieux comprendre leur influence sur les performances et la sécurité des moteurs.
3. Comment votre recherche nourrit-elle vos nouvelles missions à IFP School ?
Ma recherche me permet d'apporter une perspective approfondie sur les défis actuels et futurs des systèmes énergétiques. À travers mes travaux sur la réactivité des hydrocarbures, la formation de polluants et la caractérisation physico-chimique des fluides, je veille à enrichir les enseignements à IFP School en y intégrant les avancées scientifiques récentes.
De plus, en travaillant sur des problématiques comme l'adéquation fluide/système et la compatibilité des matériaux, je transmets aux élèves des connaissances concrètes, directement applicables dans leurs futures carrières. Enfin, les méthodologies de modélisation avancée et d’apprentissage automatique que j’utilise offrent des outils innovants pour les former à aborder les défis complexes du secteur de l’énergie.
4. Quels sont les sujets ou évolutions du secteur des biocarburants sur lesquels vous portez un point de vigilance ?
En ce qui concerne le développement des biocarburants, je surveille plusieurs points stratégiques :
- Disponibilité des ressources : Les matières premières biosourcées sont limitées. Il est crucial de favoriser une exploitation durable, notamment via des sources alternatives comme les déchets, pour éviter les conflits avec l’alimentation et la biodiversité.
- Maturité des procédés : Si certains procédés comme la production d’éthanol ou de biodiesel sont déjà bien établis, d'autres, comme les carburants synthétiques ou les biocarburants de deuxième et troisième générations (issus de résidus ou d'algues), nécessitent encore des avancées technologiques pour réduire leurs coûts et augmenter leur viabilité industrielle.
- Compétition entre secteurs d’application : La demande en biocarburants augmente dans les transports routier, aérien et maritime. Chaque secteur ayant des priorités différentes, il faut allouer les ressources là où elles ont le plus d’impact, notamment pour les secteurs à faible alternatives, comme l’aviation et le maritime.
- Compatibilité avec les systèmes existants : Les biocarburants doivent s’intégrer sans compromettre la performance des moteurs, la durabilité des matériaux ou la conformité aux normes.
La transition vers les biocarburants ne peut se faire qu’en assurant un équilibre entre la disponibilité des ressources, l’évolution des technologies, la gestion de la compétition entre secteurs, et la compatibilité avec les systèmes d’utilisation. Ces aspects doivent être pris en compte de manière holistique pour permettre une décarbonation efficace et durable des transports et de l’industrie énergétique.
Entretien réalisé par Meyling Siu